SEDE VACANTE 1799-1800

(August 29,1799 — March 14, 1800)


 

Charles van Duerm, SJ, Un peu plus de lumiere sur le Conclave de Venise et sur les commencements du Pontificat de Pie VII. 1799-1800 (Louvain: Ch. Peeters 1896), pp. 232-236, secret annex to no. XXIX    [translation into French by Duerm; he does not print the original document]:

 

Cardinal Herzan to Baron Thugut

(March 12, 1800)

 

Excellence,

Hier, tard dans la soirée, le cardinal Antonelli est venu me trouver pour me dire qu'il venait de chez le cardinal Albani et que celui-ci ne voulait plus entendre parler de médiation, remettait toute l'affaire entre ses mains et se déclarait ouvertement contre le cardinal Valenti (et pourtant Albani m'avait declaré que de tout le Sacré-Collège il trouvait Valenti le plus digne).  Comme il n'était par conséquent plus question des cardinaux Valenti, Calcagnini, Gerdil, Mattei et Bellisomi, lui Antonelli avait dit au cardinal doyen qu'il donnerait sa voix aux six autres de la première exploration et qu'il commencerait par la donner au cardinal Albani, qui parmi eux n'avait pas obtenu le plus grand nombre de votes.  Le cardinal doyen a agréé cette resolution.

Cardinal Franz Herzan z HarrasSurvint alors le cardinal Dugnani, qui depuis quelques jours me rendait visit moins souvent. Il semblait un peu embarrassé. Son entrée interrompit la conversation du cardinal Antonelli. Dugnani proposera de se rallier au choix de Chairamonti, puisque tous les partisans de Mattei y étaient disposés.

Le cardinal Antonelli montra quelque hésitation à cette proposition. Dugnani, qui, comme il était très facile de s'en apercevoir, avait déjà eu sur cet objet des echanges de vues avec les autres, le rassura entièrement et l' engagea à faire cette évolution sur-le-champ. Il ajouta que je n'avais montré aucun éloignement pour la personne du cardinal Chiaramonti.

Afin de découvrir davantage la pensée de Dugnani et celle d' Antonelli, je leur dis que j' allais faire partir un courrier pour Vienne.  Là-dessus le cardinal Antonelli répondit que si on voulait écrire au sujet de tous les candidats qu'on pourrait proposer, l' élection traînerait de plus en plus en longueur.  De son côté, le cardinal Dugnani insista pour agir promptement, afin que l' élection se fît par nous et non par le parti de nos adversaires.  Raison ridicule, comme je lui dis sans détours.

Reprenant alors la chose sur un ton sérieux, je fis observer que j'avais besoin de m'entretenir d'abord avec le cardinal Chiaramonti.  Dans l' impossibilité où je suis de sortir, j'ai fait prier le cardinal de venir me trouver ce matin.

Je sais fort bien que Chiaramonti n'est pas au nombre des sujets desirés par la Cour.  Mais les sujets papables sont très rares en soi, et parmi ceux-ci il s'en rencontre plusieurs qui, pour des motifs divers, sont exclus par S. M.  J'estime que, de tous ceux qui restent, Chiaramonti est un des meilleurs.

Voyons donc que par le concours des suffrages je ne pouvais empécher son election, j'ai pris la résolution de lui dire en confidence que beaucoup de cardinaux de mon parti lui accorderaient leur vote.

A cette ouverture, il palît. Je lui dis alors que notre Cour n'avait très certainement aucun éloignement pour sa personne, mais que son entourage n'était pas fait pour plaire à la Cour. C'est pourquoi, il lui fallait détruire cette mauvaise impression, et il atteindrait ce but, s'il prenait pour secrétaire d'État le cardinal Flangini, honoré de la confiance de l'empereur.

Il me répondit qu'il ne désirait pas devenir pape, mais que son voeu était de rester où il est, parce qu'il s'y trouvait parfaitement heureux; qu'au lieu de lui permettre de faire son salut éternel en s'aquittant des devoirs sacrés de l'épiscopat, on allait le lancer sur une mer orageuse.

Je répliquai que la mer pourra se calmer, si on se jetait dans les bras de l' empereur et je lui soumis les réflexions que V. Exc. m'a ordonné de faire au futur pape, à savoir: que l'unique appui du Saint-Siège se trouve dans la protection de l' empereur.

Chiaramonti est convenu de la vérité de cette assertion.  Il m'a assuré que, si jamais il devenait pape, il mettrait tous ses soins à se mériter cette protection et, qu' en l' occurrence, il me prierait également de lui donner les conseils opportuns pour obtenir cet hereux résultat.

Par rapport au cardinal Flangini, il m'a dit qu'il était entièrement discrédité à Rome et à Venise, à la suite de graves démelés qu il avait eus avec le Saint-Office (peut-être parce qu'il a été franc-maçon, détail que je connaissais ainsi que son abjuration de la secte; peut-être y a-t-il d'autres motifs encore).  A cette occasion, le cardinal chiaramonti remarqua qu'il soulèverait tout le monde contre lui, si jamais, après son exaltation au couverain pontificat, il le nommait secrétaire d'État, quoique depuis une année environ il soit son ami personnel.  On pourrait à la vérité avoir recours à un biais, en le revêtant d'abord de quelque autre fonction, sauf à l'élever ensuite à cette dignité.  Il ajouta encore que je devais bien savoir que celui, qui promettait n'importe quelle charge avant l'election, encourait les peines de l' excommunication. Ma réponse fut que je ne demandais pas cette charge comme en vertu d'un pacte, mais que je le prévenais à ce sujet afin de ne pas être prévenu par d'autres. J'ajouterai que la Cour aurait préféré le cardinal Mattei, mais que celui-ci, à moins d'un ordre exprès, ne voulait pas de cette fonction, par délicatesse de conscience.

En homme avisé et prudent qu'il est, Chiaramonti m'a dit que ce cardinal lui semblait le plus apte, et qu'en le prenant du moins pour un certain temps et en lui adjoignant pour aide le cardinal Flangini, on pourrait ensuite, comme en vertu d'un engagement pris alors, lui donner ce dernier pour successeur.

Je lui ai parlé de V. Exc.  Il m'a dit que le puissant secours de V. Exc. était nécessaire au nouveau pape, et je tiens pour certain que, s'il est élu, Chiaramonti demandera lui-même votre protection.  Il ne laisse pas néanmoins de répéter toujours qu'il ne désire pas la papauté, mais que, le cas échéant, il recourrait à mes conseils.

S'il persévère dans ces dispositions il sera nécessairement un bon pape.  Sa manière de me parler devrait me faire croire à la sincérité des sentiments qu'il me témoigne.  Je n'ose toutefois pas m'en porter garant.

Venons-en à la question de l'entourage: il le connaît parfaitement et il en fait aussi peu de cas que V. Exc. et moi.  Il m'a dit en toute franchise que, si on le compte dans le parti où il se trouve, ce n'était que pour contribuer à l'élection selon les exigences de la conscience.  Il voyait aussi très bien que, s'il passait à l'autre camp, il n'en avancereait en rien ni l'élection du cardinal Mattei ni celle de Valenti.

Le cardinal Flangini m'a répété à plusieurs reprises que, vu la prudence de Chiaramonti, il regardait son élection comme excellente dans les circonstances actuelles.

Je tiens du cardinal Roverella que le cardinal Mattei avait vraiment l'exclusive de la part de l'Espagne, mais qu'elle n'avait pas été publiquement déclarée.  Roverella votait pour Valenti, mais le cardinal doyen a été inflexible et il accueillit bien mal toutes les ouvertures qui lui furent faites pour Valenti.  Il circule ici la copie d'un billet écrit par l'empereur Paul au général Souwarow: ce billet donne lieu à des interprétations bien diverses.

Avec les marques du plus profond respect, je baise affectueusement les mains de V. Exc.

 

Venise, 12 mars 1800.

[another postscript, written in French in Cardinal Herzan's own hand, read:]

P. S.  Étant absolument impossible de faire tomber l'élection sur un de ceux que S. M. agréerait, je remplis ce que V. Exc. m'a enjoint, de tâcher au moins que ne soit élu un de ceux qu'elle ne veut pas pour pape; et je me flatte que V. Exc. approuvera que je tâche de faire reconnaître comme un bienfait de S. M. une élection que je n'ai pas pu empêcher; et que ce soit un cardinal reconnu généralement pour un homme pieux, vertueux et prudent et qui paraît avoir à coeur de mériter les bonnes grâces de l' empereur.  Je dis qui paraît parce que nous sommes dans un temps où on ne peut pas répondre pour son frère.  Je me recommande à la continuation de son amitié et bonté, que j'apprécie infiniment, étant avec les sentiments de haute considération et inviolable attachement que V. Exc. me connaît.

F. C. d'Herzan.

 


 

BIBLIOGRAPHY

The Conclave of 1800 is discussed by Chevalier François Artaud de Montor, Histoire du Pape Pie VII second edition (Paris 1837) I, pp 80-107 [He was an ultra-monarchist and an ultra-Ultramontane]. Cf. Comte Boulay de la Meurthe, "Mémoire d' Artaud sur le conclave de Venise," Revue d' histoire diplomatique 8 (1894) 427-448. .Also consult: Alberto Lumbroso, Ricordi e documenti sul Conclave di Venezia (1800) (Roma: Fratelli Bocca 1903)   Eugenio Cipolletta, Memorie politiche sui conclavi da Pio VII a Pio IX (Milano 1863) [with documents, especially from Lord Acton and Naples];   Giovanni Berthelet, Conclavi, Pontefici e Cardinali nel secolo XIX (Torino 1903);   Gaetano Moroni, Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica Vol. 53 (Venezia 1851), s.v. 'Pio VII', pp. 116-118. Gaetano Giucci, Delle vite dei sommi pontefice Pio VII, Leone XII, Pio VIII, Gregorio XVI, per servire di continuazione a quelle di Giuseppe Novaes Volume I (Roma 1857) 39-48 [fulsome in praise of Pius VII].   Pierre Vachoux, Extraits inedits de la correspondance & des manuscrits du Cardinal Gerdil (Annecy 1867), Chapter II, pp. 39-56.   Analecta Iuris Pontificii. Dissertations sur divers sujets de droit canonique, liturgie et théologie Troisième série, II. 1 (Rome 1858) 1107-1199. [Documents relating to Cardinal Gerdil].   Charles van Duerm, SJ, Un peu plus de lumiere sur le Conclave de Venise et sur les commencements du Pontificat de Pie VII. 1799-1800 (Louvain: Ch. Peeters 1896)   Giovanni Berthelet, Conclavi, Pontefice e Cardinali nel Secolo XIX (Torino-Roma 1903). Fredrik Nielsen, The History of the Papacy in the Nineteenth Century (tr. A.J. Mason) Volume I (London: Murray 1906) pp. 191-218.   R. Obechea, El Cardinel Lorenzana en el conclave de Venezia (1975). The alleged exclusion of Cardinal Gerdil by the pronouncement of Cardinal Herzan is discussed by Ludwig Wahrmund, Das Ausschliessungs-recht (jus exclusivae) der katholischen Staaten Österreich, Frankreich und Spanien bei den Papstwahlen (Wien 1888) 230-231. Giovanni Piantoni, Vita del Cardinale Giacinto Sigismondo Gerdil e analisi di tutte le stampate sue opere (Roma: Salviucci 1851). X. Barbier de Montault, Oeuvres complètes   Tome troisième: Rome III, Le pape (Paris 1890), pp. 185-189 [the exclusiva: two kinds, defined and illustrated]

 





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May 17, 2014 7:53 PM

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