SEDE VACANTE 1769

(February 2, 1769—May 19, 1769)



 

MÉMOIRE  lû au Conclave de 1769  au sujet de la demande faite au Saint Siège de la destruction des Jésuites par les Ministres des Couronnes de Bourbon:

Tout le monde attend avec inpatience la fin du conclave.  On sait que cinq ministres veulent à quelque prix que ce soit arracher au St. Siége la suppression d'un corps de religieux qui sont déja exilés de plusieurs royaumes.  Chacun en raisonne selon sa prevéntions, les incrédules, les philosophes à la mode, les gens sans moeurs et sans religion ne doutent point que la politique romaine ne sacrifie ses janissaires.  Le parti janseniste s' applaudit par avance de l' heureux succès de ses manoevres et de ses intrigues.  Ils triomphent ouvertement de consommer enfin contre Rome, dans Rome un crime qui lui coûte tant de sommes et tant d' ouvrages depuis quarante ans.  Seroit-il possible, s'écrient les catholiques, que le Pape, quel qu'il puisse être, se serve jamais de l' autorité qu'il a reçu de Jesus-Christ pour mettre la derniere main, et comme le sceau divin à une injustice aussi éclatante?  Les indifférens, qui forment toujours le plus grand nombre, en disertent plus tranquillement; mais la plus part sont persuadés qu' il ne se peut ni en honneur, ni en conscience.  Et violà à-peu-près les raisons qu' on allegue contre les prétentions des ministres.

La supposition la plus favorable pour eux seroit, qu' un Pape venant à occuper le St. Siége dans ces circonstances critiques, cédant aux craintes hiumaines de la politique, s' imaginat, qu'il est permis de sacrifier un corps entier de religieux pour soustrarire les membres à la persecution, et l' eglise universelle à la violence, qu' en conséquence il peut accorder une bulle de suppression, dans laquelle, pour sauver l' honneur de l' église, ces mêmes religieux et leur institut seroient loués, et les arrêts des tribunaux séculiers flétris.  Voilà le projet.

Mais peut-il avoir lieu?  Il paroît que non; par ce que le St. Siége ne peut commettre une injustice connue, ni autoriser en quelque façon que ce soit, une injustice commise et reconnue comme telle.

Or qui ne voit que, vu tout ce qui a précédé, la suppression de ce corps religieux accordée par un Pape, seroit un injustice, et que cette injustice autoriseroit, consommeroit, couronneroit l' injustice de tous ceux qui pour parvenir à cette destruction ont foulé aux pieds toutes les loix divines et humaines?  Quelle injustice et en effet ne seroit-ce pas de concourir par un acte positif à la suppression d' un d'un corps qui a servi et sert encore l' église avec zéle, qui depuis sa naissance jusqu' à ces jours de destruction a reçu de l' église des témoignages glorieux sur la doctrine et ses services, dont le plus grand crime, de l' aveu de plusieurs de ses ennemis, est, son inviolable attachement au St. Siége.  Quel est d' ailleurs le but des solicitations et des menaces de la cabale?  C'est d' obtenir de l'autorité de l'église même cette destruction si injuste dans son objet, dans sa fin, dans ses motifs et ses moyens; c'est d'employer le glaive de la puissance spirituelle, qu'on affecte de méconnoître et même de mépriser dans toute autre occasion, contre cette puissance, en la rendant complice des excès commis contre elle-même.

Si cela est, comme on n'en peut douter, le St. Siége peut il exaucer leur injuste demande sans paroître l'autoriser?  Quel opporbre, si par le moindre acte, de quelque manière qu'il eut été extorqué, un souverain ponotife commettroit cet ouvrage de ténébres?  Il n'est personne, même parmi les ennemis de l' église, qui ne sente toute l' absurdité, toute l' iniquité d'une telle proposition.  Aussi la gazette de Hollande, partant des mémoires présentés au Pape pour en obtenir cette suppression, affirmoit nettement qu'on ne croit pas que Rome put jamais l' accorder.

Quel nouveau genre de persécution!  forcer un père à immoler ses enfans!  obliger un Pape à souscrire, à confirmer les arrêts de proscription contre une portion des fideles attachés à des loix, a des constitutions que lui-même et ses prédécesseurs ont approuvé?  Que réponderoient les rois et les princes à des ennemis ligués qui leur déclareroient ne vouloir entendre à aucun accommodement, qu' au préalable ils n' eussent licentié une bonne partie de leurs troupes et supprimé bon nombre de leurs régiments?   Et quand même il y eut de rois assez foibles ou assez aveugles pour se déclarer ainsi en faveur de leurs ennemis, contre leurs fidels sujets et leurs courageux soldats, le chef de l'église peut-il manquer jusqu'à ce point de lumiere et de fermeté?

Qui ne rappelle ici la fable des Loups, exigeans pour premiere condition d'un traité de paix entre eux et les Brebis, que celles-ci se déseront de leurs chiens, par ce qu'ils ne servent qu'à perpétuer le trouble et la division?  Il faudroit être bien dupe pour donner dans des piéges si grossiers, pour se flater d'obtenir une paix solide et durable après de tels preliminaires.

Qui ne voit que la suppression d'un seul corps religieux qu'on solicite auctellement, n'est qu'un moyen pour parvenir à la suppression de bien d'autres, et au dépérissement de la hiérarchie ecclésiastique?  Les excès, les attentats qu'on ne cesse de renouveller depuis quelques années dans les royaumes et les états d'òu l'on a chassé ce corps religieux, ne prouvent-ils pas qu'on médite des desseins ultérieurs, et des projets bien concertés contre le pape, les évêques et tout le clergé?   Pour s'en convaincre, qu'on ouvre les ouvrages impies qui se miltiplient et inondent l'Europe.  On dit ici que plusieurs de ces productions ont vû le jour pour la premiere fois, ou ont été reproduites par des ordres secrèts d'un des ministres destructeurs. On ajoute même, que de tems en tems on en condamne quelques-unes pour leur donner plus de cours.

Mais on fait espérer et annoncer une prompte et sincère réconciliation des esprits aigris contre le St. Siége, ou, comme on dit, contre la cour de Rome, une paix durable avec tous les partis, si l'on accorde ce qu'on demande.  Réconciliation, paix durable, quelle chimere! tant que l'église subsistera il y aura des héresies, des scandales, des haines, des conjurations contre ses ministres.  Toujours l'enfer s'efforcera de prévaloir contre elle, ou par une guerre ouverte, ou par des pièges cachés.  Il y aura toujours un conflict violent entre le bien et le mal, entre le vice et la vertu. Les successeurs des apôtres n'ont ni trève à attendre dans ce monde.  Par la nature et l'essence de leur ministère il sont, bon gré malgré qu'ils aient, dans la nécessité indispensable de résister et de combattre.   Si par amour du repos, ils consentent à se défaire des troupes auxiliaires que Dieu leur a envoyé pour la défense, ou Dieu malgré eux, en suscitera d'autres avec lesquelles il n'y aura pas plus à gagner pour leur tranquillité, ou ils auront la douleur d'être témoins du dépérissement de la religion, qu'ils auront trahie en livrant ses défenseurs.

Dans ce tems de crise, l'église doit plus que jamais compter sur une assistance extraordinaire de celui, qui a promis d'être avec lelle jusqu'à la consommation des siècles.  L' outrage qu'on lui fait en exigeant d'elle une injustice, est un nouveau motif de fermeté et de courage au milieu des révolutions dont-on la menace; elle doit toujours demeurer inébranlable par la justice et la sainteté; à quelque prix que ce soit, elle doit sauver sa gloire du naufrage.

Dira t-on que ce corps religieux devroit lui-même consentir à sa sécularisation, et se dévouer par là pour le bien de l'église?  Personne n'est plus interessée que les membres de ce corps de céder à la violence de la persécution qu'ils éprouvent.  Cependant ils rédoutent ce dernier coup plus que toutes les horreurs des maux qui sont prêts à fondre sur eux, parce qu'ils voient que le bien de l'église ne peut se trouver dans une injustice qui feroit son opprobre, danse un condescendance qui donneroit gain de cause aux oppresseurs de la vérité; dans les maux innomblables qui ont été et seroient les suites de leur destruction; dans une démarche enfin qui rendroit complet le triomphe de l'iniquité, de l'héresie et de toutes les passions qui durant le cours de cette conjuration se sont liguées contre le Seigneur et son Christ.  Ils favent que tout fidele, et plus encore ceux qui sont consacrés au service des autels, doivent se sacrifier aux intérˆets et à la gloire de l'église.  Mais ils favent aussi, que le bien et la gloire de Jesus-Christ ne consistent ni dans une fausse paix, où l'on céde tout á ses ennemis, ni dans le calme d'une molle tranquillité, tandis que les attentats se multiplient, ni dans l'éclat de la grandeur et de la puissance temporelle.  Ils favent enfin, que cette même eglise n'a jamais été plus ferme, plus redoutable à ses ennemis, plus florissante en un mot que lorsqu'elle a été plus pauvre, et plus persécutée.

La sainteté de ses membres, la justice, la fidélité de ses premiers ministres à conserver le dépôt de la foi, à protéger ceux qui y sont attachés, voilà sa gloire, et les seuls biens essentiels, auxquels on ne doit pas hésiter de sacrifier tous les autres, lorsque l'occasion l'exige.  Quiconque dans les circonstances présentes s'écarteroit de ces principes, consommeroit l'exécution d'un projet qui est un crime en lui même, et qui est presque à son dernier terme à force des crimes qui sont autant d'attentats de l'héresie et de l'impiété réunis.

Mais on menace d'un schisme.  Je réponds que les rois et les princes que l'on trompe, à qui on ne montroit point les brefs du feu pape, à qui on déguise les excès auxquels on se porte contre la religion et le St. Siége, ont horreur du schisme, aussi bien que la plus saine partie de leurs sujets; qu'on ne veut d'abord consommer la destruction d'un corps religieux, tenter ensuite celle de quelques autres, pour préparer insensiblement les voyes au schisme, en éloignant ceux qui empêcheroient les peuples de se familiariser avec cette idée, et les rappelleroient à l'obéissance et à la soumission.  S'il étoit vrai d'ailleurs que le schisme dut suivre le refus de la bulle de suppression, il auroit lieu indépendamment de ce refus, et si on pouvoit le consommer, on chercheroit un prétexte plus plausible et moins ridicule.  Car qu'importe aux ministres de la maison de Bourbon qu'un corps des religieux, quel qu'il soit, et dont-on a cru pouvoir se défaire après l'avoir appellé et reçu avec toutes les démonstrations de vienveillance, existe, ou n'existe pas en Italie, en Allemagne, et dans quelques autres pays?   Qu'ont-ils à voir dans les états du pape et des autres princes de l'univers?  Est-ce à eux de prescrire au pape d'avoir, ou de n'avoir pas dans ses états tels ou tels religieux, et de les ôter aux princes qui les conservent?  L'extravagance d'une si absurde proposition indigne, et révolte quiconque n'est pas encore le jouet du vertige et du délire.  Paroître trop craindre ce schisme c'est enhardir les ennemis de l'église, à l'en menacer avec plus d'arrogance.

L'expérience n'a que trop appris, que la crainte, la foiblesse et les ménagements ne font qu'accroître leur force, et leur audace.  Plus on leur céde, plus ils exigent; ils n'avancent qu'autant qu'on recule devant eux.

Après tout, le schisme dont-on croit être menacé, au sentiment de bien de catholiques, seroit un remede nécessaire à des plus grands maux; car enfin il feroit ouvrir les yeux aux princes et aux peuples que l'on trompe plus aisement à la faveur de ces apparences d'union avec le St. Siége; il sépareroit du troupeau ceux qui n'y restent que pour avoir plus de facilité d'y faire circuler le venin de l'héresie et de la séduction.  Si l'on eut retranché de la communion de l'église les novateurs de ce siècle, leur secte qui pour étendre plus aisement et impunément ses fureurs et ses ravages, nie sa propre existance, auroit inspiré l'horreur et la défiance, elle n'auroit pu s'accroître, se fortifier, souffler l'esprit de révolte et de fureur, en un mot nous n'en serions pas où nous sommes.  Dans peu d'années l'histoire dévoilera ce mystère d'iniquité; des mains fideles s'occupent de ce travail; ce qu'on croit enseveli dans les ténébres, sera publié sur les toits.  La vérité captive se dédommagera par le triomphe le plus éclatant du silence passager que la crainte et les menaces lui imposent.  Les faits parleront dans des ouvrages qui exposeront au grand jour les complots, le plan, les moyens, les ressorts de la destruction, les impostures grossieres, les calomnies atroces, l'iniquité des juges, la foiblesse des grands dont on a surpris la religion, ou effraié le zèle, les intrigues, les manoeuvres sourdes, enfin toute la scélératesse de cette cabale, dont le succes porte uniquement sur l'abus le plus monstrueux de l'autorite.  Alors sera demontre a tout l'univers et a tous les siecles ce que des personnes de marque ont deja reproche a un magistrat, savoir que depuis la condamnation de Jesus-Christ par les juifs, il n'y avoit point d'exemple d'une injustice plus criante.

Or quel scandale pour les simples fideles.  Quelle torture pour les theologiens futurs.  Quel surcroit d'affliction pour les opprimes, si jamais vis-a-vis de ce qu'on vient de dire, on lisoit dans le faste de l'histoire, que la persecution a reussi a armer contre eux le vicaire de Jesus-Christ a leur faire porter le dernier coup, qui renouvelleroit, qui perpetueroit la douleur de tous les autres, par un pere qu'on a force a les immoler?

Non, cela ne se peut: la providence y a mis des obstacles invincibles par les soins qu'elle a pris d'aveugler si bien leurs ennemis, que leur iniquite se dement d'elle-meme par les plus absurdes contradictions.  Sans parler de celles qui sautent aux yeux dans les requisitoires et les arrets des tribunaux seculiers, en France on porscrit un institut approuve par un concile Œcumenique et par les souverains Pontifes.  On le proscrit comme impie et pernicieux, et on loue les moeurs de ceux qui le pratiquent.  En Portugal  ce meme institut avoit ete saint, et les religieux soumis a cet institut avoient ete noircis par des calomnies dont l'univers voit avec indignation toute la faussete.  En Espagne les imputations sont si impossibles a imaginer, qu'on n'ose pas meme produire celles dont-on avoit besoin, et pour les soustraire a tout examen, on les tient caches dans les respectables obscurites du coeur royal.  C'est ainsi que quelques ministres, d'intelligence avec le parti, se jouent impunement des rois et des peuples, de la religion et de l'innocence, de la raison et de l'humanite.

Non, encore une fois, jamais le vicaire de Jesus-Christ ne s'avilira, jusqu'a pactifer avec eux de jouer le dernier acte dans cette monstrueuse tragi-comedie.  Si, par impossible, il venoit a mollir dans cette rencontre, de quel oeil verroit-on le nouveau pape dans une opposition, et dans une contradiction avec tous les bons eveques, qui se sont expliques, et ont signale leur zele avec Clement XIII, qui a eu la gloire de n'avoir pas fait une fausse demarche dans tout le cours de son pontificat, et qui a montre une fermete intrepide, une vigeur vraiment apostolique a une cabale, qui par ses clameurs a fait son plus bel eloge.  Quel corps ecclesiastique ou religieux auroit desormais le courage de montrer de la fidelite et du zele pour le St. Siege, des qu'on verroit qu'il abandonne ceux qui lui sont attaches?  Un exemple si pernicieux contribueroit plus que les menaces des princes et des tribunaux seculiers a inspirer ce menagement politique, cette lache indifference qui empeche de se declarer pour Rome dans les occasions.  Le comble de la perfidie, c'est de faire envisager la destruction d'un corps religieux comme le seul moyen d'arracher les membres aux horreurs de la persecution.  Nul fond a faire sur cette fausse commiseration.  On fait de bonne part qu'il  entre dans le plan des destructeurs de porter un troisieme arret de banissement, des que le pape aura accorde ce qu'on exige.  Qu'on ne siot pas surpris de cet exces.  Un assassin ne peut souffrir qu'il rest sous ses yeux des vestiges du meurtre qu'il a commis.  La presence du cadavre encore palpitant, est un reporche sanglant de son crime. Pour le faire disparoitre, et par la se delivrer de ses remords, il voudroit l'aneantir.

De deux choses l'une, ou le Pape dans la Bulle de suppression du corps entier qu'on sollicite, condamneroit tout ce qui a ete fait jusqu'ici contre une grande partie, ou il ne diroit rien pour l'improuver.  S'il condamnoit, comme il ne peut s'en dispenser, les moyens qu'on a emploie tout-a-fait opposes a la jurisprudence ecclesiastique, les Ministres et les Tribunaux seculiers,  loin d'etre satisfaits, n'en deviendront que plus furieux contre ce corps, et meme contre le St. Siege.  S'il ne les condamne pas, par la meme, vu les circonstances, il les approuve, et ratifie ce qu s'est fait, et ce qu'on projette de faire contre les dropts et les prerogatives du St. Siege confirmees par des Conciles, et reconnues jusqu'a ce temps par tous les Princes Catholiques, et il se met hors d'etat de reckaner cibtre kes exces et kes attebtats qye k'on prevoit assez de voir suivre la tentative des Ministres, si elle elur reussit.  En ce cas, y a-t-il des termes assez energiques, pour exprimer jusqu'a quel point l'abomination de la desolation seroit dans le sanctuaire?  Pour sauver l'honneur de l'église sous l'autorite de laquelle ce corps religieux a ete etabli, qu'elle conserve et emploie, n'ayant jamais eu aucune preuve autentique des exces monstrueux qu'on lui impute, il faudroit lui donner des eloges.  Eh! comment les lui refuser? Ses ennemis meme, presque tous, par un reste de pudeur, et je ne sais quel reste de respect pour le public, ont ete oblite malgre eux d'orner la victime avant de l'immoler.  Or ces eloges contrediroient l'Acte meme de la suppression, et en attesteroit l'injustice.  Ce seroit en quelque sorte le gugement de Pilate, qui en meme tems qu'il declare l'innocence de Jesus-Christ le livre a ceux qui demandent sa mort.

Que de Religieux soient ainsi traites par des ennemis de l'église, il n'y a rien de surprennant, il n'y a rien meme que de consolant et de glorieux pour eux; mais qu'une pareille sentence sorte de la bouche du chef visible de l'église, voila un scandale capable d'ebranler la Religion et la foi dans les coeurs des fideles.  C'est ce qui fiasoir dire ces hours passes a quelqu'un, que, si le Pape en venoit la, il ne sauroit plus a quoi s'en tenir, qu'il seroit tente d'abandonner ses principes sur l'église, le St. Siege et le Pape; qu'il lui paroitroit evident que l'esprit de Dieu ne preside pas a ses decisions.  Si cela arrive, je ne me gene plus, ajouta-t-il, je deviens comme tant d'autres, incredule, ou tout au moins tolerant.

Enfin, pour se convaincre que le Pape qui sera elu, en peut, ni ne noit ceder aux instances des Ministres, il suffit d'examiner les questions suivantes, qui forment le precis de ce qu'on a dit.

1°.  Qu'exige-t-on?  L'entiere destruction d'un corps religieux fonde par un saint, qui a forme des saints, approuve par un concile Œcumenique, par les bulles les plus solemnelles des souverains Pontifes, employe par tous les eveques catholiques, et qui n'a jamais eu plus de droit a la protection de l'église, que depuis qu'il est devenu un spectacle a Dieu, aux anges et aux hommes.

2°.  Qui sont ceux qui exigent cette destruction?  Sans discuter ici les motifs qu'ont cru avoir les tetes couronnees de la faire demander par leurs ministres a Clement XIII, on ne craint pas d'etre desavoue par un seul catholique en disant, que tous ceux qui depuis plus de deux siecles ont prouve a l'univers par leurs revoltes et leurs attentats contre l'église et la religion qu'ils en etoient les plus implacables ennemis, sont ceux qui la desirent et la poursiuvent avec le plus d'acharnement.  On sait que les Jansenistes avoient eu l'audace de presenter a tous les ambassadeurs assembles au congres de Soisson, un memoire tissu de calomnies atroces pour demander cette destruction.  Cette demarche n'ayant pas reussi, le complot a ete renouvelle a Rome en 175..; un Prelat qui y avoit trempe, cedant aux remords de sa conscience, a revele, sur le point de mourir le plan de cette conjuration tel qu'il s'execute, et tel qu'il avoit ete concerte entre quelques Ministres et les suppots du parti, a la tete desquels etoit un Cardinal connu par ses relations avec les etrangers.

3°.  Quel moyen a-t-on pris pour executer ce projet de destruction?  Les calomnies, les impostures, l'injustice, la violence, quoi de plus public?  [This point was already introduced, but not specified or elaborated]

4°.  Dans quelle vue exige-t-on cette destruction?  par ce qu'on veut detacher les peuples de Rome, et sur les ruines de la catholicite, batir une tolérance universelle, projet dont-on ne peut se promettre le succès avec l'existance, ou le rétablissement de ceux, que par voie de fait on a détruit dans plusieurs états.

5°.  Qui s'est opposé, et qui s'oppose à cette destruction?  Le défunt pape Clement XIII. qu'on consulte ses brefs, ses réponses, les principes immuables [as it turned out, they were not immuables] qu'il a suivi.  Tous les bons évêques, qu'on lise ce qu'ils ont écrit, et ce qu'ils ont répondu quand on les a consulté.  Tous les gens de bien.  Tous les vrais catholiques repandus dans l'univers, qui ne sont pas ou prévenus, ou intimidés, ou corrompus, ou soudoyés par le parti.

6°.  Pourquoi enfin les destructeurs veulent-ils que l'autorité du pape entrevienne par un acte solemnel à cette destruction?  Parce qu'ils voudroient pour se disculper et en quelque manière justifier leur conduite, que l'odieux en retombe en partie sur le St. Siége et que désespérant de voir par eux-mèmes achever leur ouvrage, et faire a l'église un mal irréparable par un rafinement de méchanceté, ils veulent que ce soit Elle-même qui serve plus efficacement leur fureur, et que suppléant par sa propre autorité à ce qui manque à leur injustice, elle se porte à elle-même les coups mortels qu'ils ne puevent lui porter.  Ils veulent qu'elle se prive d'un bien actuel, et qu'elle s'ôte même l'espérance et le pouvoir de le récouvrer.

Qu'on réunisse ces six considérations, et qu'on décide. Incrédules et libertins, catholiques et hérétiques, amis et ennemis, l'univers en un mot a les yeux ouverts sur Rome, et est dans l'attente, pour voir s'il est vrai, comme sus ennemis ne cessent de le répéter et de le publier, que l'intérêt y est la seule Religion, que l'intrigues, la cabale, l'argent, la politique y décident de tout.

 

 





 

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March 31, 2014 10:40 PM

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