SEDE VACANTE

(April 27, 1605—May 16, 1605)



 

Berger de Xivrey (editor),   Recueil des lettres missives de Henri IV  Tome VI, 1603-1606 (Paris: Imprimerie Impériale 1853), pp. 315-320:

 

Henri IV, King of France to the French Cardinals:
Letter of Instructions for the Conclave

(Fontainebleau, October 28, 1604)

A  MES COUSINS LES CARDINAUX DE JOYEYSE, DE GIVRY, DE SOURDIS, SÉRAPHIN ET DU PERRON.

 

Mes Cousins,

J'espere que Dieu, protecteur de son Eglise tres saincte, conservera et maintiendra encores longuement au regime et gouvernement d'icelle Nostre Tres Saint Pere le pape Clement VIIIe, à present regnant, de quoy je supplie incessamment et affectueusement sa divine providence, tant comme Roy tres chrestien, premier fils de l'Eglise, tres jaloux et soigneux de la gloire de Dieu, que pour estre en mon particulier et me ressentir tres redevable à la bonté de Sa Saincteté pour les singulieres graces et faveurs qu' Elle a departies tres largement à ma personne et à mon Royaume depuis son pontificat, de quoy je seray memoratif et recognoissant tant que je vivray.  Neantmoins, comme rien en ce monde fragile n'est perdurable, que toutes choses doivent ou changer ou finir, que, selon le cours ordinaire de la nature, je dois survivre a Sa Sainctete, que je suis incertain du temps et de l'heure que Dieu appellera a soy Sa Beatitude, et que je suis oblige, tenant en la Chrestiente le rang auquel Dieu m'a colloque, d'avoir soing, advenant le trespas de Sa Sainctete, de procurer que son successeur en la chaire de sainct Pierre, soit, comme fidelle pasteur et vray pere de tous les Chrestiens, imitateur de la piete, equanimite et debonnairete de Sa dicte Sainctete, j'ay estime, tant pour les considerations susdictes que pour prevenir et eviter les surprises ausquelles telles mutations sont subjectes, a cause de l'incertitude d'icelles et al promptitude et soudainete de semblables elections, vous devoir declarer et faire scavoir par la presente ce que j'entends et veux que vous facies quand telle occasion escherra, affin que, par faulte d' en estre advertis a temps, vous ne vous trouvies en peine et doubte de ce que vous auries a faire pour mon contentement et service.

Premierement, je vous prie et vous conjure et ordonne, sur tant que vous affectionnés le service de Dieu, l' auctorité du Sainct Siege et mon contentement, avec le bien de vostre patrie, de vous maintenir tous bien unis et joincts ensemble en l'election qu`il conviendra faire, vous monstrans, en ceste action si importante au public et au particulier, bons ecclesiastiques, vrays François et fidelles à vostre Roy, sans vous diviser ny contrarier en vos vœux et conseils. Secondement, je desire que vous sçachiés et croyés que , comme je n'ay autre des sein et but, en ceste election, que celuy que doibt avoir un prince tres chrestien, alïectionnant l'honneur de Dieu et le bien de l'Eglise, mon seul et unicque desir aussy est qu’il soit faict choix d'un subject qui ayt la mesme inclination et intention , me promettant, estanttel , qu’il me sera tousjours favorable , qu’il alïectionnera la prosperité de mon Royaume, et m’aydera à y restaurer la religion, en preferant, comme vray pere commun, le bien universel de la republicque chrestienne à toute consideration particuliere.

Et d'autant que je sçay qu’entre les cardinaux qui aspirent à ceste supreme dignité, et que l'on estime y pouvoir parvenir, aucuns sont declarez et se monstreut encores si partiaux et interessez, que je ne dois desirer pour la liberté et auctorité du Sainct Siege, ny pour le repos et salut de mon Royaume et de la Chrestienté, qu’ils parviennent au pontificat, j’ay voulu m’en declarer et confier à vous par la presente, et pareillement vous nommer ceux que je desire y advancer et favoriser, avec les aultres aussy auxquels je n'entends m’opposer quand le sort tomberoit sur eux et scroient en voye d’estre esleus. Au moyen de quoy je les vous distingueray et separeray icy par trois classes. La premiere sera de ceux que j’entends rejecter; à sçavoir : les cardinaux de Cosme, Ascoli, Montalparo, Bianchetto et Spinelli.  Ceux au contraire que je desire favoriser et promouvoir sont les cardinaux de Florence [Medici], de Veronne, Sauli, Cossenze, Camerino, Baronio et Séraphin. Et quant aux derniers, auxquels je ne veulx estre contraire ny m'opposer ouvertement, estans proposez et en voie d' estre esleus, ce sont les cardinaulx Simonelli, Pinelli, Tarugi, Borghese, Mantica, Arrigone, San Clemente, Viscomte, Tosco, San-Marcello et Gynnasio.  Mes Cousins, voilà donc mon intention, laquelle, comme je vous ay dict, je vous descouvre et confie, meu des considerations publicques et privées , cy-dessus representées , vous priant de l’embrasser, suivre et executer unanimement, sans vous diviser ny separer, et vous departir d’icelle pour aucunes causes et considérations quelles qu'elles puissent estre, sur tant que vous desirés me complaire, contenter et obeyr.

Et comme vous, mon Cousin le cardinal de Joyeuse, estes le plus ancien de tous et avés aussy la protection de mes alïaires à Rome, je vous charge aussy par la presente de prendre garde et faire que ma volonté soit elîectuée sans aucun contredict et manquement. Et si quelqu`un, contre mon esperance, y contrevient, faisant bande à part ou autrement, je vous oblige, par la foy que vous me devés, de m’en advertir, allin que je rccognoisse et gratifie ceux qui se seront mis en devoir de me contenter, et que je face ressentir aux autres mon indignation comme ils auront merité.

Mais, mes Cousins, je me promets que je n'auray la peine d’user en vostre endroict de ceste inegalité; car, comme vous desirés et all`ectionnés tous egalement, avec l`advancement de l'honneur et service de Dieu, la prosperité de mes affaires et mon contentement, je `m’asseure aussy que vous conspirerés tous ensemble à procurer l'un et l`autre en ceste occasion, comme vous estes tenus à faite. De quoy je vous prie et conjure dereches par tous les devoirs de pieté, obeîssance et fidelité auxquels vostre profession, la nature et les bienfaicts et honneurs que vous avés receus des Roys mes predecessetus et de moy, vous lient et astreignent de satisfaire; et je le recognoistray envers vous et les vostres, à vostre advantage et contentement.

priant Dieu, mes Cousins, qu’il vous ayt en sa tres saincte et digne garde.

Escript à Fontainebleau, le xxviii jour d`octobre 1604.

HENRY.

DE NEUFVILLE.

 


 

A  MES COUSINS LES CARDINAUX DE JOYEYSE, DE GIVRY, DE SOURDIS, SÉRAPHIN ET DU PERRON.

 

Mes Cousins, Combien que je vous aye prescript precisement, par mon autre lettre de mesme date que la presente, ce que je veux que vous faciès et comment j`entends que vous vous comportiés en l’occasion qui se presente de la vacation du Sainct Siege par le trespas de Nostre Sainct Pere le Pape Clement huictiesme, m'estant reglé, en ce faisant, sur la cognoissance que j’ay, par l’information qui m'en a esté donnée, de la pieté, exemplareté de vie, bonnes mœurs et vertus des subjects que je vous ay nommez et recommandez par icelle, neantmoins, d’autant qu’il se pourroit rencontrer que quelques autres seroient par vous jugez plus propres et idoines, ou pouvoir estre plus facilement promeus et esleus à ceste supresme dignité, que ceux que je vous ay ainsy nommez, ayant consideré qu'à·cause du commandement si exprés et precis que je vous ay faict par ma premiere lettre, vous pourriés faire difficulté, pour ne me deplaire, de donner vos voix
à aultres, j’ay bien voulu vous faire sçavoir par la presente, que j’ay telle confiance en vos loyautez et en l`affection que vous me portés et au bien de mon Royaume, que je vous dispense et permets·de favoriser et promouvoir, en ceste election, tel des autres cardinaux du Sacré College qu’en vos consciences et en la cognoissance que vous aurés du progrés du conclave, vous adviserés et jugerés tous ensemble debvoir estre approuvé et favorisé par Nous, affin que, par faulte de ceste liberté et fiance, vous ne veniés à perdre l’occasion d’avoir part en mon nom à l`election de celuy qu’il plaira à Dieu donner à son Eglise pour souverain pontife et directeur d’icelle, ayant les qualitez' et conditions susdictes. Mais je vous prie de reches vous porter en ceste action si joincts et unys ensemble, que l’on remarque par telle harmonie que vous estes guidez du Sainct-Esprit et servés un prince qui veritablement affectionne la gloire de Dieu et le bien de son Eglise, aux volontez duquel vous rendés l’honneur, reverence et obeîssance que vous luy debvés, ainsy que je vous escris plus particulierement par ma susdicte premiere lettre : à laquelle me remettant du surplus, je prie Dieu, mes Cousins, qu’il vous ayt en sa saincte et digne garde.

 

Escript à Fontainebleau , le xxviii° d’octobre 1604

HENRY.

DE NEUFVILLE.

 

link to documents on  papal  election-May, 1605


 



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September 20, 2015 3:57 PM

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